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lug 29

Une génération perdue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié le 28 juillet 2011 à 14h19 | Mis à jour le 28 juillet 2011 à 14h19 

 

Sur cette photo prise la veille du massacre, le premier ministre norvégien Jens Stoltenberg (au centre) se promène en compagnie de jeunes travaillistes venus participer au camp d’été du parti sur l’île d’Utoya.

Photo: AP

Marc Preel
Agence France-Presse
Oslo

Ils avaient 14, 16, 18 ans et leurs proches devinaient déjà en eux les leaders ou les bienfaiteurs de demain: au fur et à mesure que la police égrène les noms des victimes confirmées des attaques d’Oslo, la Norvège découvre le portrait de cette génération perdue.

En s’en prenant à la jeunesse travailliste réunie pour un camp d’été sur l’île d’Utoeya, Anders Behring Breivik a fait couler le sang neuf de la gauche norvégienne, mais aussi brisé le destin d’adolescents à son exact opposé: joyeux de vivre ensemble, ouverts sur le monde et soucieux des autres.

Parmi eux, Anders Kristiansen, un garçon de 18 ans au large sourire qui «rêvait d’être premier ministre depuis qu’il avait 5 ans», comme sa mère l’a raconté au journal Dagbladet.

Lorsqu’il entend les premiers coups de feu sur Utoya, son réflexe est de se ruer vers les tentes du campement pour prévenir ceux qui sont en train de se reposer. Un rescapé a expliqué lui devoir la vie.

«Je connaissais Anders. Avec lui, le parti travailliste a perdu un des plus grands talents de sa région. On parle souvent de politiques en devenir, mais Anders était déjà un grand. Je le dis comme je le pense», a salué le chef de la diplomatie norvégienne, Jonas Gahr Stoere.

Comme le sien, les portraits des morts d’Utoya et du quartier des ministères d’Oslo, dont 17 sur un total encore provisoire de 76 avait leur identité confirmée jeudi midi, ornent les pages des journaux norvégiens.

Qu’aurait pensé Anders Behring Breivik, perdu dans sa «guerre» contre l’islam et le multiculturalisme, de Bano Abobakar Rashid, 18 ans, qui a donné à ses parents la clé «pour s’intégrer en Norvège»?

Cette brune aux beaux cheveux longs, dont la famille a fui le Kurdistan en guerre en 1996 pour se réfugier près d’Oslo, avait tracé sa voie: la jeunesse travailliste, des études de droit pour devenir juriste, puis un siège au Parlement.

«Elle représentait le meilleur de la Norvège multiculturelle», souligne Nina Sandberg, une responsable régionale du parti travailliste citée par le quotidien Aftenposten.

Son ami Diderik Aamodt Olsen, 19 ans et déjà sur les listes électorales du parti travailliste, a lui aussi perdu la vie.

Dans la liste déjà longue des victimes confirmées de la furie meurtrière, se dessine un antiportrait de Behring Breivik, décrit jusqu’à son avocat comme un être glacial et hors du monde.

Il y a Sharidyn «Sissi» Svebakk-Bohn, née en Nouvelle-Zélande et qui venait à peine de fêter ses 14 ans. Plus jeune victime confirmée jusqu’à présent, son «sourire pouvait illuminer toute une pièce», selon l’hommage publié par ses parents sur Facebook.

Il y a Gunnar Linaker le fils de pasteur, «bon garçon» rondouillard de 23 ans devenu «héros» en mourant en tentant de protéger plus jeune que lui, selon des témoignages.

Ou encore Margrethe la fan de musique, Synne la blogueuse, Ismail le mannequin, Silje la photographe…

«C’est tellement horrible, ils ne pouvaient être plus innocents», s’émeut Linn, une étudiante de 24 ans rencontrée dans les rues d’Oslo. «Ils essayaient d’être créatifs et de devenir les leaders du futur».

Source:http://www.cyberpresse.ca/international/dossiers/massacre-en-norvege/201107/28/01-4421725-une-generation-perdue.php

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