Les hommes et le pouvoir

1. L’empire vénitien outre-mer est un sujet classique de l’historiographie de la Sérénissime et de la Méditerranée durant la période médiévale et la première époque moderne. Un cycle de conférences consacré à ce thème doit, par conséquent, être justifié ; le but scientifique et le progrès de nos connaissances qu’offre notre cycle doit offrir demandent une explication.

Introduction

2. La première raison de notre choix est l’espace : les vastes possessions de la République de St Marc s’étendaient, vers la fin du xve siècle, de la péninsule d’Istrie jusqu’à l’île de Chypre ; elles incluaient presque toute la côte dalmate, des villes portuaires en Albanie, l’Heptanèse autour de Corfou, des ports dans le Péloponnèse, l’île de Crète, celle de Négropont et les Cyclades. Cette entité politique, mais surtout économique et commerciale, est rarement traitée dans son ensemble, la recherche préférant des approches régionales, qui privilégient l’espace grec. Disons-le franchement : la Dalmatie, à l’exception de Dubrovnik, non soumise à Venise après 1358, reste toujours à l’ombre de la partie grecque du Stato da mar, et cela malgré la tradition historiographique croate – slavica sunt, non leguntur1. La barrière linguistique a empêché la circulation des résultats concernant la partie dalmate de cet empire. Notre petit cycle aimerait donc jeter un peu de lumière sur une région européenne qui a toujours appartenu à la culture méditerranéenne, mais qui se distingue par son mélange complexe et toujours changeant de culture slave/?croate et romane/?vénitienne, mélange qui échappe à toutes les catégories nationales et nationalistes forgées à partir du xixe siècle.

Oliver Jens Schmitt

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