Le psychisme dans la civilisation

L’œuvre singulière de Norbert Elias (1897-1990) porte la marque des grandes entreprises classiques des sciences sociales animées par une seule ambition théorique : rendre intelligible les enjeux collectifs et les troubles individuels dans un siècle bouleversé par l’histoire [1]. Penser le lien social ne se réduit donc pas à la tentative de délimiter une discipline comme l’œuvre d’Émile Durkheim le suggère. Il s’agit plutôt de fixer des exigences méthodologiques afin de structurer un même espace théorique. Aussi est-il parfaitement vain de se demander si Karl Marx, Max Weber ou Norbert Elias sont ou non, ou à quel degré des sociologues, des philosophes ou des historiens. Peu importe, ils étaient avant tout préoccupés par des problèmes essentiels à résoudre, en avançant des modèles d’intelligibilité très imparfaits (faux, incomplets et insatisfaisants), mais qui justement donnent encore aujourd’hui à penser. C’est le cas, par exemple, du modèle discutable de civilisation des mœurs que propose Norbert Elias en 1939 [2] pour saisir la sociogenèse du sens de la pudeur. Grâce au travail patient de Marc Joly et de son équipe de traducteurs, ce recueil intitulé Au delà de Freud réunit judicieusement cinq textes élaborés par Norbert Elias entre 1950 et 1990. À partir de divers angles [3], il affronte le même problème fondamental : comment comprendre la relation interne entre individu et société ? Ou, plus précisément, pour le dire dans les termes d’un mouvement phare de l’anthropologie américaine des années 1940 dialoguant aussi avec l’œuvre de Sigmund Freud, quels outils utiliser pour saisir ensemble Culture et Personnalité [4] ?

Samuel Lézé

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