La laïcité française Éléments de réflexion

La laïcité en France a certes été le vecteur de la sécularisation mais elle a également contribué à en freiner les effets, en créant les conditions du déploiement d’une “ religion républicaine de substitution ”. Or, si laïcité et religion procèdent de la même attestation d’une centralité de référence, la perte de crédibilité de toute centralité débouche autant sur la désaffection de la laïcité que sur celle de la religion. La visibilité du pluralisme qu’induit la présence aujourd’hui massive de l’islam est toutefois susceptible de redonner un semblant d’actualité à la question de la laïcité. L’appel à une “ laïcité positive ” de Nicolas Sarkozy correspond alors à la vision politique d’une religion pensée comme ressource nécessaire tant à l’établissement du lien social qu’au maintien de l’ordre. Cette conception participe d’une confusion entre laïcité et sécularisation et d’une méfiance à l’égard de la société et de l’autonomie. Elle est également construite sur une profonde méconnaissance de la capacité de la démocratie de produire de la valeur. Elle témoigne de la faiblesse de l’État, condamné à mobiliser le religieux à des fins de réenchantement du politique pour s’efforcer de gérer le désarroi qui est le sien du fait de l’accélération du mouvement contemporain.

Patrick Michel

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