«

»

giu 20

Jean-Noël Ferrié : « La Constitution marocaine va exercer une pression dans la région »

D’après Jean-Noël Ferrié, directeur de recherche CNRS à Rabat, les pays du Maghreb connaissent des évolutions assez différentes.

Leurs citoyens ne cessent de regarder les événements chez leurs voisins, et de comparer les libertés qu’ils obtiennent peu à peu.

N’y a-t-il pas de la déception au Maroc après le discours du roi Mohammed VI ?

Il y a un énorme décalage entre la perception à l’étranger des réformes annoncées et le ressenti au Maroc de cet événement historique. Le roi cède de larges pans de pouvoir au gouvernement et crée des institutions, telle la Cour constitutionnelle que les citoyens pourront saisir directement. Bien sûr, il faudra que les acteurs, gouvernants, partis politiques, citoyens, habitent ce texte. Mais il peut se comparer aux Constitutions des grandes démocraties occidentales.

Comment expliquer ce décalage ?

À l’extérieur du Maroc, il y a une tendance excessive à interpréter les événements au travers du mouvement de mécontentement du 20 février. Or ce mouvement se délite et n’existe pratiquement plus. La majorité des Marocains sont contents, et considèrent cette réforme constitutionnelle comme un événement fondateur.

Les évolutions au Maroc sont-elles portées par le « printemps arabe » ?

Le mouvement du 20 février, issu de l’extrême gauche, a tenté de rebondir sur les événements tunisiens et égyptiens. Mais il n’y a pas eu une montée spontanée de la population marocaine comme à la place Tahrir, seulement 20 000 ou 30 000 personnes dans les rues le 20 février. Pas de quoi ébranler la monarchie. En revanche, la monarchie a clairement utilisé le mouvement pour relancer un projet de réforme constitutionnelle qui dormait dans les cartons et se heurtait à des conservatismes religieux et d’intérêt.

Vu d’Algérie, la perception est différente. Le quotidien El Watan, très critique, parle de « petite révolution de palais » dans son édition d’hier

Le régime marocain n’est pas apprécié des Algériens. Une telle avancée au Maroc crée une sorte d’énervement et de jalousie. Sans doute parce que la Constitution du Maroc est la première à voir le jour après les événements du printemps arabe. Parce qu’elle est très libérale, elle va exercer une pression dans la région, au premier chef sur le régime algérien, qui fait de la résistance. D’où la réaction préventive d’El Watan.

Quel peut être l’impact sur les autres pays ?

La Constitution marocaine servira, au moins implicitement, de référence pour l’élaboration de la Constitution tunisienne en raison, notamment, de l’étendue des réformes, des garanties des libertés contenues dans la Constitution marocaine.

Et en Égypte ?

Les militaires, les anciens notables et les Frères musulmans sont dans une sorte d’alliance pour mettre un terme à la période révolutionnaire. Les Frères musulmans joueront un rôle déterminant dans la préparation de la Constitution. Ils seront peu désireux de s’inspirer de l’expérience marocaine, même si les manifestants de la place Tahrir, eux, aimeraient sans doute pouvoir s’y référer.

Recueilli par MARIE VERDIER La Croix

Source:  http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/Jean-Noel-Ferrie-La-Constitution-marocaine-va-exercer-une-pression-dans-la-region-_NG_-2011-06-19-646040

Print Friendly